Inquadrami
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for: vocal sextet and string sextet
text by: Angelus Silesius (Johannes Scheffler)
duration: 40'
first performance: 6.5.11, Witten, Tage für Neue Kammermusik, Exaudi, L’Instant Donné, James Week (conductor)
publisher: Edizioni Suvini Zerboni
catalogue number: S. 13757 Z.
Score extracts
Audio extracts
Introduction
Dir - in dir est comparable à un voyage initiatique ou, plus précisément, un chemin, un rite sonore, vers la redécouverte d’un nouveau soi. Il s’agit d’un chemin ascendant, menant vers une possible divinité ou un royaume de l’au-delà, perceptible seulement à l’intérieur, pénétrant les profondeurs les plus secrètes de l’âme.
Les distiques tirés du Voyageur chérubinique d’Angelus Silesius, mystique allemand du XVII siècle, constituent le fondement de cette oeuvre. La connexion entre la musique et les mots est extrêmement étroite, mais ambiguë : il ne s’agit pas seulement de chanter un texte ou de le traduire en musique. La parole se dissout dans la musique, se perd en elle, la transforme en langage (contrairement à la pratique « habituelle » consistant à rendre les mots chantables), jusqu’à ce qu’elle aussi acquière presque un sens.
L’intersection en spirale du cycle vocal avec une série de commentaires instrumentaux, qui sont cependant placés dans l’ordre inverse aux distiques chantés, finit par construire un labyrinthe, à la fois perceptible et conceptuel, dans lequel la parole se perd dans la musique (se dissout dans le son), et la musique dans la parole (dans un son qui imite et semble même anticiper les phonèmes et les fragments de mots).

Stefano Gervasoni 
« Depuis 1992, je réfléchis à un projet compositionnel possible utilisant les distiques d'Angelus Silesius, mystique allemand du XVIIe siècle, poète et penseur, regroupés dans les six livres du Cherubinischer Wandersmann (L'errant chérubinique). C'est seulement en 2002, grâce à la proposition des Neue Vocalsolisten, que mon idée a pu devenir réalité.
Ce qui m'intéresse essentiellement et ce qui me fascine dans les distiques de Silesius, c'est l'union de la simplicité et de l'ambiguïté qui les caractérise: le sens est continuellement transformé à l'intérieur de la petite forme du distique (deux vers de douze pieds chacun avec césure au centre et en rime alternée) grâce à l'inépuisable capacité que Silesius a de les varier à l'infini. De rime en rime, de paradoxe en paradoxe, de négation en négation, de jeu linguistique en jeu linguistique, le sens devient fuyant et une interprétation théologique univoque devient impossible: en vain cherchons-nous le Silesius luthérien ou catholique, le militant fanatique du catholicisme et le mystique étranger à toute confession. Dieu ne se définit pas, ou d'une manière toute négative, car toute définition est une limitation et Dieu est loin de toutes les qualités que l'homme peut lui prêter. Ceci est le second aspect de la poésie mystique de Silesius qui m'a fasciné: la tension à aller au-delà de Dieu tandis que l'homme, afin de le rejoindre, tente d'aller au-delà de lui-même: Wo soll ich denn nun hin? Ich muss noch über Gott in eine Wüste ziehn.
C'est la vision non nihiliste du néant, propre au mystique: la même qui est en mesure de se comporter en une unique expérience terrestre et céleste, quotidienne et raréfiée, familière et inconnue, corps et esprit. La suspension mystique à se vider intérieurement signifie l'annulation du moi psychologiquement déterminé qui conçoit un dieu comme projection de ce moi et donc également déterminé. Faire disparaître le moi comme sujet déterminé et dieu comme objet déterminé, conçus comme une seule chose: in dir, en Dieu et en toi-même, au-delà de Dieu et au-delà de soi.
Le traitement musical des textes de Silesius, outre le fait d'avoir été influencé par la dimension particulière qu'est l'expérience mystique – le mysticisme au-delà de ses contenus religieux –, est obligé de rendre de manière treize fois différente non seulement le contenu poétique de chaque distique mais aussi sa signification théologique particulière ou son enchevêtrement des liens philosophiques-religieux. En cela je me suis servi des ultimes possibilités de signification symbolique offertes par le sérialisme, conçu quasiment comme un substitut du système tonal avec ses possibilités linguistiques de signification autonome croisé avec celles, fonctionnelles et expressives, d'un langage propre, authentique. In dir utilise à la base une série dodécaphonique divisible symétriquement en 2+4 / 4+2 cellules. Les douze sons et sa symétrie correspondent à la structure du vers adoptée par Silesius, selon les rapports 1:1 – une série pour un vers; mais aussi 1:2 – deux séries pour un vers; 1:3, etc.; ou 1:0,5 – la première partie de la série pour un vers; et d'autres encore; cette structure est développée à partir des principes du sérialisme canonique, du post-sérialisme et de critères personnels propres à rendre tangibles le noyau théologique-poétique de chaque distique. L'unique dérogation aux principes du sérialisme (et néanmoins intégré de façon cohérente à l'intérieur du système compositionnel mis au point pour In dir) est l'usage d'accords majeurs ou mineurs obtenus par la superposition d'une autre série à un intervalle de tierce majeure au-dessus ou au-dessous des deux tierces mineures qui ouvrent et qui ferment la série de base. Ce type de traitement musical répond aussi à une fonction expressive et symbolique bien précise: naturellement dans le sens de l'ambiguïté et du renversement du sens du mysticisme poétique de Silesius, les accords pouvant évoquer, suivant leur position dans le vers, l'absolu de Dieu ou la trivialité de la condition humaine, mais aussi l'humanité terrienne de Dieu et la divinité de l'homme. »  (Stefano Gervasoni)
 
Cette œuvre composée en 2003-2004 pour un sextuor vocal et un sextuor à cordes se présentait à l'origine sous la forme d'une suite de pièces chantées et de commentaires instrumentaux, le même matériau étant utilisé dans les deux cas, mais d'une façon très différenciée. Les deux sextuors pouvaient être donnés séparément, sous les titres Dir et In dir. En 2010-11, Gervasoni, à la demande du Festival de Witten, a imbriqué les deux parties pour en faire un tout dans lequel demeure une autonomie relative: le sextuor à cordes, ainsi, joue indépendamment du chef qui conduit les voix. Cette coexistence d'une proposition et de son commentaire, ce flottement entre deux temporalités de même nature mais non unifiées de façon stricte, produit un résultat qui reflète bien les qualités des textes de Silesius relevées par le compositeur. Dès lors, l'œuvre est d'un seul tenant, et se présente comme une sorte de voyage initiatique (l'errance chérubinique), dont les parties constitutives seraient les différentes stations.
 
Philippe Albèra (2013)
 
 
 
 
 
Text(s)
Quaestio
Man muss noch über Gott (I, 7)
Wo ist mein Aufenhalt? Wo ich und du nicht stehen.
Wo ist mein letztes End, in welches ich soll gehen?
[Da, wo man keines findt. Wo soll ich denn nun hin?
Ich muss noch über Gott in eine Wüste ziehn.]
 
 
I.
Das Vermögen Unvermögen (I, 45)
Wer nichts begehrt, nichts hat, nichts weiss, nichts liebt, nichts will,
Der hat, der weiss, begehrt und liebt noch immer viel.
 
 
II.
Der Himme ist in dir (I, 82)
Halt an, wo läufst du hin? Der Himmel ist in dir!     
Suchst du Gott anderswo, du fehlst ihn für und für. 
 
 
III.
Die Unruh kommt von dir (I, 37)
Nichts ist, das dich bewegt: du selber bist das Rad,
Das aus sich selbsten läuft und keine Ruhe hat. 
 
 
IV.
Die Einfalt (I, 219)
Die Einfalt ist so wert, dass wenn sie Gott gebricht,
So ist er weder Gott, noch Weisheit, noch ein Licht.
 
 
V.
Man liebt auch ohn erkennen (I, 43)
Ich lieb ein einzig Ding und weiss nicht, was es ist;
Und weil ich es nicht weiss, drum hab ich es erkiest.
 
 
VI.
Ohne Warum (I, 289)
Die Ros ist ohn Warum: si blühet, weil si blühet,
Sie acht nicht ihrer selbst, fragt nicht, ob man sie siehet.
 
 
VII.
Man weiss nicht, was man ist (I, 5)
Man weiss nicht, was ich bin, ich bin nicht, was ich weiss:  
Ein Ding und nicht ein Ding, ein Stüpfchen und ein Kreis.
 
 
VIII.
Der Reichtum muss inner uns sein (VI, 185)
In dir muss Reichtum sein: was du nicht in dir hast,
Wärs auch die ganze Welt, ist dir nur eine Last.
 
 
IX.
Das selige Unding (I 46)
Ich bin ein seligs Ding: mag ich ein Unding sein,
Das allem, was da ist, nicht kund wird noch gemein.
 
 
X.
Dein Kerker bist du selbst (II, 85)
Die Welt, die hält dich nicht! Du selber bist die Welt,
Die dich in dir mit dir so stark gefangen hält.
 
 
XI.
Die Schuld ist deine (I, 178)
Dass dir im Sonnesehn vergehet das Gesicht
Sind deine Augen schuld une nicht das grosse Licht.
 
 
Exitus
Man muss noch über Gott (I, 7)
[Wo ist mein Aufenhalt? Wo ich und du nicht stehen.
Wo ist mein letztes End, in welches ich soll gehen?]
Da, wo man keines findt. Wo soll ich denn nun hin?
Ich muss noch über Gott in eine Wüste ziehn. 
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